Manifeste pour la création audiovisuelle en région

Publié le par Catherine Cuenca

Les auteurs de ce manifeste sont 7 associations d'auteurs-réalisateurs.
Leur démarche est soutenue par la SCAM.

AARSE : Région Sud-Est
ADDOC : Région Ile de France
ARBRE : Région Bretagne
ARRA : Région Rhône-Alpes
SAFIR: Région Nord
SAFIRE : Région Alsace
SAFIRE : Lorraine

Pour apporter votre soutien à ce manifeste, envoyez un mail avec votre nom; votre profession ou qualité et votre région, si vous le souhaitez, à l'adresse suivante :

ManifesteCAR@free.fr

MANIFESTE POUR LA CREATION AUDIOVISUELLE EN REGION

La création audiovisuelle en région a connu ces dix dernières années un véritable bond en avant. De nombreux films documentaires, films d’animation et de fiction sont nés hors de Paris. Des réseaux de professionnels compétents ont vu le jour dans ce désert audiovisuel qu’était la « province ».
Cet élan, nous le devons, en grande partie, aux antennes régionales de France 3 qui ont coproduit et diffusé ces films. En apportant leurs moyens et leurs  compétences, elles se sont affirmées comme des partenaires indispensables, remplissant pleinement leur mission de service public.
Cet élan, nous le devons aussi aux collectivités territoriales qui nous ont soutenus par des aides ciblées sur la qualité. Aujourd’hui, pas une région qui n’ait son fonds de soutien à l’audiovisuel.
Une production variée, ambitieuse, indépendante a peu à peu vu le jour.  Malgré des créneaux de diffusion restreints (samedi après-midi, mais jamais une seule soirée concédée aux régions, ou alors après minuit), le public a répondu présent à cette offre, marquant son appétence pour des regards nouveaux.

Selon les chiffres du CNC, 622 heures de programmes ont ainsi été produites en région, en 2005, une évolution prometteuse. 165 sociétés de production sont installées en dehors de Paris. Sept associations d’auteurs et réalisateurs ont été créées un peu partout en France. Comme dans d’autres domaines artistiques - la musique, l’édition, la danse -, nous connaissions enfin une décentralisation de l’audiovisuel, et rêvions d’égaler un jour ce qui se fait dans d’autres pays européens. Ce développement, nous le pensions logique, réjouissant et inéluctable.

Depuis peu cependant, cette décentralisation semble remise en cause.
A France 3, principal soutien de notre création, de nouvelles orientations ont été prises.  Temps d’antenne réduit pour les régions, créneaux horaires peu fédérateurs, diminution du nombre de coproductions de documentaires. Plus inquiétant encore, le sous-financement de la télévision publique entraîne une course aux recettes publicitaires, qui induit un net changement de ligne éditoriale. Le service public ressemble de plus en plus aux chaînes commerciales, suspendues au verdict de l'audimat.
 
Ce changement de cap se fonde sur des bases plus que discutables : selon les études marketing commanditées par la chaîne, il faudrait privilégier désormais le loisir, le divertissement, la détente, et éviter les sujets qui fâchent ou donnent à réfléchir.
Pour obéir à une logique de groupe, qui se répartit les téléspectateurs selon les catégories dictées par les annonceurs, les régions doivent fabriquer des programmes pour la « ménagère de plus de 50 ans ».  N’y aurait-il que des plus de 50 ans en région ?

Nous pensons pourtant qu’il y a d’autres ambitions pour le service public: fédérer un public varié, faire réfléchir, surprendre, donner d’autres visions du monde, offrir une vitrine à la création. Mais une programmation basée sur la recherche de l’audimat à court terme le détourne peu à peu de toute réflexion de fond sur sa mission.

Le danger de cette nouvelle politique, c’est aussi d’asphyxier les outils de production décentralisés, patiemment construits ces dernières années par les producteurs, réalisateurs et techniciens, avec l’aide des collectivités territoriales.

Nous, auteurs-réalisateurs et techniciens, travaillant sur l’ensemble du territoire, refusons cette régression de la création audiovisuelle en région.

Nous proposons que les antennes régionales obtiennent une véritable liberté éditoriale. Un droit à l’expérimentation, à l’ouverture de nouveaux créneaux horaires. Pourquoi ne pas confier une deuxième partie de soirée par semaine aux antennes régionales pour diffuser les nombreux documentaires produits ? Pourquoi ne pas offrir une place aux fictions courtes, si absentes des grilles ?  

Nous proposons que les antennes régionales assument pleinement leur rôle de service public culturel, pour permettre à la création audiovisuelle de continuer à se développer sur l’ensemble du territoire, de manière équilibrée entre les régions. C’est une question de multiplicité des regards, et donc de démocratie.  C'est une question politique au sens fort du terme.

Elle ne peut être réglée par des décisions unilatérales de la direction de France 3.
Elle doit faire l'objet d'un débat public ouvert dans lequel seront impliqués les professionnels, mais aussi  les élus régionaux.
Elle doit être aussi largement discutée dans le cadre de la campagne présidentielle qui commence.

Ce manifeste est destiné à lancer ce débat.
Tous les responsables politiques, les professionnels et les citoyens qui croient à la nécessité d'un service public de télévision fort et décentralisé sont invités à le signer.

Publié dans Vie de l'association

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